LIBAN : L’Institut Curie renforce son accompagnement en cancérologie

Service de presse
10/05/2021
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Alors que Liban fait face à une triple crise, économique, sanitaire et politique, la situation cancérologique est elle aussi très inquiétante. Dans ce contexte, l’Institut Curie a rendu son rapport « Diagnostic de la situation en oncologie au Liban » à Expertise France afin de dresser un panorama complet et des recommandations concrètes sur les mesures à prendre. Dans le cadre de ce projet, l’Institut Curie a débloqué un demi-million d’euros pour financer la formation de médecins et de chercheurs libanais en France, et lance, avec les instances locales, un programme de master class thématique.
Liban_Institut Curie

Ce rapport fait suite à de nombreuses années de collaboration entre l’Institut Curie et les professionnels de santé du Liban pour améliorer la prise en charge des cancers.

Face aux différentes crises traversées par le pays, et notamment la dernière explosion au port de Beyrouth qui a détruit des services de cancérologie et tué des malades en cours de traitement, l’Institut Curie a décidé de renforcer son accompagnement.

Le Liban était l’un des pays les plus riches en médecins et soignants de qualité. Le nombre d’hôpitaux et de plateaux techniques, bien que dispersés, excédaient les besoins. Aujourd’hui ce pays s’effondre avec une fuite des cerveaux, des difficultés majeures d’accès aux soins et aux médicaments. La dégradation de l’état des malades atteints de cancer est en marche, en rapport avec l’appauvrissement spectaculaire de la population, explique le Dr Pierre Anhoury, directeur des Relations internationales à l’Institut Curie. 

Des professionnels de santé isolés et une situation sanitaire fragilisée

Les conclusions du rapport sont claires : le parcours de soin est affecté à toutes les étapes de la prise en charge des malades. Le dispositif d’annonce du cancer est quasiment inexistant et l’information reste partielle. La chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie sont de qualité inégale et peu coordonnées. Le départ massif de médecins vers l’étranger aggrave la situation. Les soins palliatifs sont embryonnaires ou absents et l’évaluation et le traitement de la douleur ne sont pas systématiques. Enfin, les professionnels de santé interviennent le plus souvent dans plusieurs hôpitaux, limitant le travail pluridisciplinaire sur site dans l’intérêt du malade.

Renforcer les connaissances sur la maladie et les parcours de soin

  1. Conforter les connaissances des professionnels de santé et des malades.

L’Institut recommande de créer un conseil Libanais des données sur le cancer afin de les répertorier, d’améliorer leur qualité et de permettre aux professionnels de santé d’obtenir des sources fiables sur l’épidémiologie des cancers au Liban.

De plus, l’Institut Curie recommande de généraliser l’application des guidelines en cancérologie publiées sous l’égide de la société libanaise d’oncologie médicale et du ministère de la santé au Liban.

  1. Renforcer la coordination entre les professionnels de santé et l’ensemble des structures de santé

Pour mettre un terme aux décisions thérapeutiques prises par un seul médecin, l’Institut Curie préconise de mettre en place les réunions de concertations pluridisciplinaires (modèle des centres de lutte contre le cancer en France) mais aussi d’y intégrer les professionnels des soins de support et palliatifs. Ces derniers ont un rôle capital à jouer dans les décisions liées aux situations complexes.

De plus, le diagnostic de précision des cancers gagnerait en qualité si les laboratoires en mesure de réaliser des tests de caractérisation des tumeurs se regroupaient ou partageaient des plateformes de biologie moléculaire.

Enfin, l’Institut Curie recommande de rendre plus transparente l’approbation et la tarification des nouveaux médicaments contre le cancer.

  1. Faire des malades des partenaires, informés et acteurs de leur prise en charge

Le patient est l’acteur principal de son parcours de soins, c’est pourquoi l’Institut Curie recommande d’impliquer davantage les associations représentatives des malades pour une meilleure prise en compte des attentes des patients et de leurs familles.

A l’image de la nouvelle stratégie décennale de lutte contre le cancer en France, le Liban gagnerait à développer l’information, la prévention et le dépistage des cancers.

Deux grandes initiatives pour améliorer la situation de la cancérologie au Liban

Compte tenu de ces constats, l’Institut Curie a débloqué un demi-million d’euros pour financer la formation de médecins et de chercheurs libanais en France. Ce programme de fellowship offert à 6 professionnels sélectionnés est entré en application.

Par ailleurs, l’Institut Curie lance, dès le mois de juin prochain, avec les instances locales, un programme de master class sur 5 grands thèmes :

  • Prévention, dépistage et diagnostic précoce des cancers ;
  • Projet de service et gestion d’une activité transversale et pluridisciplinaire au sein de l’hôpital ;
  • Intégration des soins de support aux soins cancérologiques (douleur, nutrition, éducation thérapeutique, soins palliatifs, activité physique) ;
  • Instauration d’un programme « patient expert » destiné aux malades survivants du cancer, à distance de leur maladie et futurs coach de nouveaux malades ;
  • Analyse de l’efficacité des traitements, des technologies innovantes en cancérologie.

 

[1] Établissement public placé sous la double tutelle du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, Expertise France est l’agence française de coopération technique internationale. Elle a été créée par la loi du 7 juillet 2014 relative à la politique de développement et de solidarité internationale. https://www.expertisefrance.fr
[2] Le taux d’incidence des cancers au Liban aurait doublé depuis les années 1960[1], le plaçant au premier rang des pays arabes les plus touchés.

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