Radiothérapie à l'Institut Curie

Plus de chimio, moins de radiothérapie

Émilie Gillet
17/08/2021
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Chez l’enfant, l’intensité de traitement par chimiothérapie est donc en général plus importante. D’où des hospitalisations plus fréquentes car il faut surveiller attentivement les effets secondaires, notamment le risque infectieux et le risque de dénutrition lié aux atteintes de la muqueuse intestinale.

Entre les enfants et les adultes, il n’y a pas de différence de traitements mais des différences d’usage, car les tumeurs ne sont pas les mêmes et les organismes non plus. Ainsi on utilise largement la chimiothérapie parce que les tumeurs y sont très sensibles puisqu’elles concernent des cellules qui se multiplient très vite, mais aussi parce que les organismes jeunes peuvent supporter des doses plus importantes.

Résume le Pr Virginie Gandemer, cheffe du service d’hémato-oncologie pédiatrique du CHU de Rennes et présidente de la Société française de lutte contre les cancers et les leucémies de l’enfant et de l’adolescent.

À l’inverse, « on évite au maximum la radiothérapie car tout ce qui est irradié ne grandit plus. Et qu’ il ne faut pas négliger le risque de tumeur secondaire induite par les rayons eux-mêmes. » Quant aux nouveaux traitements type thérapie ciblée et immunothérapie, « en théorie rien ne nous empêche de les utiliser. Elles sont liées à des particularités biologiques des tumeurs qui existent chez l’adulte comme chez l’enfant. Mais, pour cela, il faudrait d’abord pouvoir mener à bien des essais thérapeutiques pour envisager les bons usages de toutes ces nouvelles molécules », précise le Pr Virginie Gandemer. Or si depuis 2007 un règlement européen impose à tout laboratoire pharmaceutique développant un médicament de l’investiguer aussi chez l’enfant, dans les faits, les industriels ne jouent pas encore assez le jeu. Conséquence, les innovations thérapeutiques tardent à arriver en oncopédiatrie.

Enfin, l’un des grands enjeux de la prise en charge des cancers pédiatriques reste les effets secondaires à long terme : problèmes de croissance, infertilité à l’âge adulte (l’irradiation de la région pelvienne et de hautes doses de chimiothérapie peuvent la mettre en péril), cancers secondaires, maladies cardio-vasculaires… Enfin, « les programmes de recherche s’intéressent aussi aux connaissances fondamentales et notamment à une meilleure classification des différents types de tumeurs pédiatriques », précise le Pr Virginie Gandemer.

Avec pour objectif de mieux anticiper les risques de rechute et d’adapter les traitements, notamment en les allégeant pour les patients chez qui il n’est pas nécessaire de « frapper fort ».