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Cancer et cachexie : une piste pour élucider l’origine de ce trouble grave du métabolisme

Elsa Champion
13/10/2021
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Perte de poids incontrôlée, fatigue, atrophie musculaire, troubles du métabolisme… : la cachexie est un état souvent induit par les tumeurs et dont on ne comprend pas les mécanismes.
Laboratoire

A l’Institut Curie, les chercheurs de l’unité de Génétique et Biologie du Développement viennent d’identifier chez la drosophile une protéine transporteuse des hormones stéroïdiennes impliquée dans les processus de cachexie. Publiés dans Developmental Cell, ces résultats ouvrent des perspectives futures en terme de diagnostic voire d’options thérapeutiques.

La cachexie est un syndrome défini par des perturbations importantes du métabolisme. Il est souvent associé au cancer et se manifeste par une combinaison de perte de poids corporel, d’altérations cataboliques (liées à des processus de dégradation des molécules) et d’inflammation systémique. Cet état a un impact considérable sur la qualité de vie des patients, il réduit l'efficacité de la chimiothérapie et augmente la sensibilité aux infections. On sait que cet état est induit par la tumeur mais les mécanismes sous-jacent à la cachexie demeurent très peu connus, rendant la prise en charge très complexe et représentant un véritable problème de santé publique.

A l’Institut Curie, Pierre Léopold et Paula Santa Bárbara-Ruiz de l’Unité de Génétique et Biologie du Développement (Institut Curie, Inserm, CNRS, Sorbonne université) viennent de mettre en évidence chez la mouche drosophile des déséquilibres hormonaux impliqués dans la cachexie. Chez cet animal modèle pour l’étude génétique de la cachexie, les tumeurs entraînent une forte réduction des taux circulants d’hormones stéroïdes, des facteurs anabolisants (favorisant la production tissulaire) utilisés par les insectes comme par l’homme.

Allant plus loin, les chercheurs ont identifié une molécule dite « transporteuse » fortement exprimée par les tumeurs qui permet d’absorber une grande partie des hormones stéroïdes circulantes. L’utilisation des outils génétiques propres à ce modèle a ensuite permis de démontrer que ce flux forcé de stéroïdes par la tumeur est responsable de la réduction de leurs taux circulants et de la cachexie. De plus, lorsque l’on supprime ces protéines transporteuses dans les tumeurs, on supprime la cachexie chez la mouche.

Si ces résultats nous permettent d’élucider des mécanismes très fondamentaux, ils nous ouvrent des perspectives en termes de recherche clinique. En effet, certains membres de la famille de transporteurs que nous avons identifiés chez la drosophile sont très fortement induits dans des tumeurs cachexiantes chez l’humain. Désormais, il nous faut comprendre ce qui se passe en termes d’équilibres hormonaux chez les patients

Pierre Léopold, directeur Inserm de l’Unité Génétique et Biologie du Développement à l’Institut Curie.

En collaboration avec l’équipe du Dr Cindy Neuzillet, oncologue médicale à l’Institut Curie, spécialiste des cancers digestifs, les chercheurs vont désormais participer à une étude clinique et analyser, chez des patients atteints de cancer du pancréas, l’expression des transporteurs et les taux circulants d’hormones stéroïdiennes.

Publi Léopold
Tumeur cachexiante dans un épithélium de drosophile marquée en vert par la protéine GFP
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