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Ana-Maria Lennon-Duménil, lauréate d’un ERC Advanced Grant

26/04/2022
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Le Conseil européen de la recherche (ERC) a annoncé le 26 avril 2022 les lauréats des prestigieux « ERC Advanced Grants ». Parmi les quatre Français sélectionnés en sciences de la vie : Ana-Maria Lennon-Duménil, chercheuse de renommée internationale en immunologie pour son projet qui explore un mécanisme inédit de certaines cellules immunitaires dans l’équilibre intestinal.
Ana-Maria Lennon-Duménil

Ana-Maria Lennon-Duménil, directrice de recherche Inserm, directrice de l’unité « Immunité & Cancer » (U932 Inserm/Institut Curie/Université de Paris), vient de remporter une des quatre bourses « Advanced » françaises en biologie attribuées cette année par le Conseil européen de la recherche (ERC)[1]. Sélectif et prestigieux, l’Advanced Grant récompense des scientifiques confirmés pour des projets de rupture ouvrant des voies particulièrement innovantes dans leur champ disciplinaire. A la clé ? Des financements pouvant aller jusqu’à 2,5 millions d’euros sur une durée de cinq ans, pour leur permettre de faire avancer leurs travaux.

Ce financement très compétitif illustre une nouvelle fois la qualité des projets menés par les chercheuses et chercheurs de l’Institut Curie qui ont obtenu, depuis l’instauration du programme en 2007, 56 ERCs représentant plus de 83 millions d’euros pour poursuivre leurs recherches innovantes.

se réjouit le Pr Alain Puisieux, directeur du Centre de recherche de l’Institut Curie.

Le projet de la chercheuse, MECFUN[2], représente une avancée phare dans la compréhension des mécanismes qui assurent le maintien de l’homéostasie et de l’équilibre intestinal. Il repose sur une découverte qui a fait l’objet d’une publication dans la revue Cell en octobre 2020 : des macrophages[3]  très singuliers contrôlent la qualité des fluides absorbés au niveau de l’épithélium du côlon, protégeant ainsi les cellules du côlon des substances toxiques produites par le microbiote.

Ce financement conséquent est une excellente nouvelle ! Il va nous donner les moyens de mieux comprendre comment les interactions entre nos tissus et le microbiote affectent des processus physiologiques essentiels et comment le dérèglement de ces processus entraîne des phénomènes pathologiques.

s’enthousiasme Ana-Maria Lennon-Duménil, déjà lauréate d’un ERC Starting en 2009.

L’équipe « Dynamique spatio-temporelle des cellules du système immunitaire » dirigée par Ana-Maria Lennon-Duménil, en collaboration avec l’équipe « Migration et invasion cellulaire » (UMR144 CNRS /Institut Curie, Sorbonne Université) menée par Danijela Matic Vignjevic, a mis en évidence une sous-population particulière de macrophages- - qui forment des protubérances « en forme de ballon » (BLP) lorsqu’ils reçoivent des signaux provenant de champignons du microbiote colique. Les chercheurs ont également montré que lorsque les fluides absorbés contiennent des métabolites fongiques toxiques, ces BLP s’introduisent à la base des cellules de l’épithélium colique pour prélever et contrôler la qualité des fluides absorbés par les cellules épithéliales. Résultat : les macrophages alertent les cellules épithéliales de la présence de ces substances toxiques qui stoppent alors toute absorption de fluides, empêchant ainsi l’empoisonnement et la mort cellulaire.

A ce stade, nous avons des données préliminaires qui soutiennent notre double hypothèse centrale : grâce à un dialogue avec les cellules épithéliales et les champignons, les macrophages BLP déterminent l'état inflammatoire du côlon ; l'échec de ce dialogue conduit à la perte d’étanchéité de la barrière intestinale, une des principales causes des pathologies du côlon telles que le cancer colorectal, les colites ulcéreuses ou encore la maladie de Crohn

explique Ana-Maria Lennon-Duménil.

Le financement ERC de 2,5 millions d’euros va permettre à la chercheuse et son équipe d’accélérer considérablement ces recherches articulées autour des objectifs suivants :

  • L’identification des molécules impliquées dans la communication entre champignons du microbiote, macrophages et cellules épithéliales. Quelques candidats ont déjà été validés in vivo.
  • La compréhension des mécanismes d’action de ces molécules, à partir de modèles in vitro développés par Danijela Matic Vignjevic et Stéphanie Descroix, à la tête de l’équipe « Macromolécules et microsystèmes en Biologie et en Médecine » (UMR168 CNRS/ Institut Curie/Sorbonne Université/Institut Pierre Gilles de Gennes)
  • L’étude de l’impact des perturbations du dialogue sur le développement de pathologies liées au côlon. Ces travaux seront menés in vivo, puis à partir d’échantillons de patients atteints de maladies inflammatoires de l'intestin et de cancer colorectal, pour lesquels l’existence des BLP a été démontrée par les chercheurs.

Macrophages "BLP" au sein de l’épithélium intestinal
Observation des protubérances « en forme de ballon » de macrophages (en vert) au sein de l’épithélium intestinal (en rouge) chez un patient atteint d’un cancer colorectal.

 

[1] Le programme ERC du Conseil européen de la recherche est un programme de financement dédié à la recherche exploratoire, dont le critère de sélection est l'excellence scientifique.

[2] Interactions between Macrophages, Epithelial Cells & FUNgi: Molecular Mechanisms and Impact on Colon Physiology and Pathology (Interactions entre les macrophages, les cellules épithéliales et les champignons : Mécanismes moléculaires et impact sur la physiologie et la pathologie du colon)

[3] Les macrophages sont de grandes cellules du système immunitaire qui ingèrent et détruisent de grosses particules (cellules lésées ou vieillies, particules étrangères, bactéries) par phagocytose.

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